Les footballeurs français ont trouvé leur nouveau paradis. Spectaculaire et lucrative, la Premier League accueille aujourd’hui une trentaine de footballeurs venus de l’hexagone. En tenant compte de l’ensemble des divisions professionnelles, ils sont même le double à être venu exercer leur talent Outre-Manche. Parti de Lens pour Middlesbrough en octobre 2002, Franck Queudrue dispute actuellement sa septième saison en Angleterre et ne se verrait pas quitter le pays de sitôt : « Il n’y a pas beaucoup de clubs qui me feraient partir de l’Angleterre. C’est un tout : la culture, la façon dont on aborde les matchs, la vie… Ça me plait bien », se réjouit le natif de Paris. Après avoir passé cinq saisons à Middlesbrough, il a porté les couleurs de Fulham pendant un an et fait aujourd’hui les beaux jours de Birmingham. Des clubs moyens vus de France mais capables d’offrir des conditions salariales bien supérieures à celles proposées en Ligue 1. Queudrue ne cache d’ailleurs pas que l’argent est une des motivations des joueurs français qui font le grand saut. « Tant qu’on ne fera pas quelque chose au niveau des impôts et des taxes, ça continuera, regrette le joueur. C’est vrai qu’il y a beaucoup d’argent, mais on a une carrière assez courte. On est surtaxé et pas considéré comme des artistes. Des artistes de cinéma ou des chanteurs drainent aussi des spectateurs et ont des carrières beaucoup plus longues et pourtant on paye des taxes que eux ne payent pas. »
Bien entendu, si certains joueurs font des choix discutables au moment de s’envoler vers l’Angleterre, il serait réducteur de lier cet afflux à de simples raisons financières. « J’ai connu trois saisons avec Lens et c’est vrai qu’il y a peu de stades en France où on peut vivre une telle ambiance, reprend Queudrue. Ici le football est vraiment différent. Maintenant, on parle du fair-play anglais, mais c’est comme partout. Si l’équipe n’est pas bonne, les supporters sont mécontents et le font savoir. Mais ça ne va pas plus loin. » Même si les footballeurs sont adulés, il n’en sont pas moins respectés et n’ont pas à subir les humeurs de fans comme cela pourrait être le cas en Italie ou en Espagne. « Les fans sont très respectueux. Ils viennent nous dire bonjour dans la rue et passent leur chemin. C’est rare qu’ils nous interpellent et qu’ils nous prennent la tête. Ils nous laissent tranquille. Du coup, je me suis tout de suite senti à l’aise. J’étais le seul Français dans l’équipe, mais il suffit de montrer qu’on en veut et de mouiller le maillot pour être adopter. Comme c’est mon jeu, je n’ai pas eu de mal. »
Icônes d’Arsenal, Thierry Henry et Patrick Vieria n’ont également pas eu de mal à se faire adopter. Les deux champions de monde portent certes aujourd’hui les couleurs de Barcelone et de l’Inter Milan, mais ont été les pionniers dans l’exportation de joueurs français en Premier League. Tout comme Nicolas Anelka. Présenté comme l’enfant terrible du football français, le natif de Trappes n’a pourtant jamais été mal considéré en Angleterre. Arsenal, Manchester City, Bolton et maintenant Chelsea se seraient-ils risqués à engager l’international français ? Preuve une nouvelle fois que l’Angleterre réserve une place de choix à ses footballeurs. Du coup, ils sont toujours plus nombreux à quitter le Championnat de France, parfois avant même d’avoir fait leurs preuves. A la grande colère des formateurs français qui perdent leurs bijoux avant d’avoir pu bénéficier du travail réalisé en amont. Nicolas Anelka, Jérémie Aliadière, Ousmane Dabo et Mikael Silvestre avant-hier, Abou Diaby et Mathieu Flamini hier ou encore Charles N’Zogbia aujourd’hui, les joueurs français n’hésitent pas à s’envoler pour découvrir un nouveau football sans avoir joué (ou très peu) en Ligue 1. Et preuve que l’Angleterre attire toujours plus la France (et vice-versa), ce sont désormais les formateurs qui quittent le pays. Comme quoi « l’histoire d’amour » entre Français et Anglais est bien loin de s’arrêter.